Patrimoine culturel et crise : la lumière des manuscrits peut dissiper les ténèbres du conflit

Le Mali est une terre de très ancienne culture qui s’est imposée  au fil des siècles.  A travers l’histoire cette culture a été chantée et magnifiée, elle a eu ses lettres de noblesse et elle est devenue une marque distinctive. Il est important de noter que le Nord Mali est caractérisé par son immensité, sa diversité ethnique, sa diversité culturelle, sa richesse touristique, ses potentialités agricoles et pastorales. Il est aussi comme le désert un lieu de grande rigueur et de manque, faible densité, faible pluviométrie, difficultés d’approvisionnement en eau malgré une importante nappe phréatique. Le nord est aussi un lieu de trop : trop d’espace, trop de soleil, trop de silence marqué depuis  des décennies par des troubles récurrents, une insécurité larvaire, un banditisme présent qui se traduit par des enlèvements de véhicules, de bétail, des prises d’otages. L’immensité de son territoire en a fait par la force des choses un lieu mystérieux avec la présence de diverses forces, divers trafics, diverses influences.

 

Depuis trois décennies, d’importantes actions ont été entreprises dans le sens de la renaissance culturelle. Des milliers de manuscrits ont été sauvegardés, des actions de protection, de vulgarisation et d’exploitation ont été entreprises, mais des événements graves ont comme arrêté le cours des événements, ralentissant ou compromettant. Cependant, c’est le moment où nous ne devons pas baisser les bras. Il faut que des actions soient entreprises pour résister à ce courant néfaste de l’histoire. Dans ce cadre beaucoup d’actions peuvent et doivent être entreprises. Nous pensons à des conférences, échanges et débats pour montrer l’importance des manuscrits, leur utilité en ces moments trouble, de flottement et de perturbation. Les manuscrits sont des témoins privilégiés, des guides et des conseillers, garants du passé, supports du présent et lumière sur l’avenir. Leur contenu est tout ce qu’il y a de précieux pour un regard critique et objectif sur les événements en vue d’en tirer le meilleur parti, changer de façon positive le cours des événements en s’inspirant des expériences passées, des règlements anciens, des vérités premières qui ont fait la force de nos devanciers, leur énergie vitale et perpétuelle.

 

Il nous appartient donc de mettre l’accent, un accent fort et puissant sur la sensibilisation sur l’importance des manuscrits en touchant la fibre sensible de l’individu. Bien sur qu’une certaine visibilité a vu le jour avec l’institut Ahmed Baba, les bibliothèques Mamma Haïdara, Allimam Essayouti, Al Wangari, Fondo Kati, Al Moustapha Konaté de Maïgala. Ceci pourtant n’est que la partie visible de l’iceberg. Ces actions importantes doivent être comme la récompense de grands efforts consentis. Jusque là ce constat apparaît comme un privilège, une faveur restrictive.

 

Il y a donc nécessité de passer à une autre étape, celle de la vulgarisation des manuscrits, leur connaissance par le plus grand nombre. L’intérêt de cette connaissance et reconnaissance généralisée doit amener à une exploitation véritable qui a des avantages certains. L’exploitation des manuscrits nourrit le développement socio culturel durable. Dans cette lancée s’ouvrira la perspective d’organisation d’expositions de manuscrits, leur multiplication, leur pérennisation, leur diversification à travers diverses thématiques comme les manuscrits traitant de la résolution des conflits, les manuscrits ayant trait à la paix, les manuscrits scientifiques. Il s’agit d’arriver à des expositions ponctuelles, événementielles, circonstancielles ou permanentes et même des salons. Les lieux en seront les grands centres urbains, l’extérieur, dans un élan d’ouverture et de conquête pour convaincre et asseoir la notoriété d’une activité vitale pour la culture et l’économie. La vocation première demeurant la connaissance de notre patrimoine par les autres, notre capacité de contribuer à la civilisation de l’universel.

 

L’objectif demeurant  la poursuite des activités afin de rénover et réhabiliter des bibliothèques qui n’ont pas encore bénéficié d’appui dans le domaine. Ces activités auront pour conséquence d’asseoir l’idée que la progression est possible et essentielle dans le domaine.

 

La sensibilisation, la formation et l’information restent fondamentales pour un meilleur développement du secteur. Il faut que tous les acteurs puissent s’approprier les connaissances essentielles qui s’inscrivent dans une logique de transformation positive.

 

Des recherches ont été effectuées et donnent toute la mesure des efforts fournis, aussi nous pouvons dire sans risque de nous tromper que la SAVAMA DCI peut contribuer au retour de la paix et à sa consolidation. Il est établi que beaucoup de manuscrits traitent de la cohabitation des hommes, de la prévention et de la résolution des conflits, de la gestion des terres et préoccupations liées à la cohabitation, de la consolidation des repères pour le maintien de l’équilibre social. Cependant à ce jour peu d’études critiques, de commentaires et de traductions ont été faites. Il est donc opportun de s’engager dans cette voie pour vulgariser par des travaux de recherche, des échanges, des conférences et débats, des ateliers thématiques, des cercles de réflexion, des séminaires, des fora, des tables rondes, des symposiums avec des étudiants et chercheurs, des hommes de culture, des leaders d’opinion.

 

Le milieu scolaire constitue le potentiel qui dispose de l’engouement de la jeunesse et de l’ambition qui peuvent être exploités pour asseoir les bases d’une construction solide. A travers des cours, des débats, des cercles de discussion se créé et se consolide l’énergie vitale capable d’opérer les changements fondamentaux.

 

Les étudiants et chercheurs participent d’une autre dynamique avec un niveau plus élevé de recherche sur des thèmes spécifiques, une recherche orientée et soutenue. Cette action aura le mérite de donner beaucoup plus de visibilité et l’avantage de préparer le terrain, un terrain bien balisé en conformité avec l’actualité.

 

Les hommes de culture, principaux animateurs de la scène, gardiens des traditions et pratiques ont un rôle important à jouer étant portes paroles, portes voix  et repères, leur dynamisme conforte et pérennise. La culture dont il est dit qu’elle humanise.

 

Les leaders religieux et d’opinion apporteront à la matière leur caution et rassurent quant à l’exploitation de toutes ces connaissances dans les pratiques quotidiennes. Ainsi est liée la vie pratique à ce qui est consigné dans les manuscrits.

 

Auteurs:

Chirfi Alpha SANE et Abdel Kader HAÏDARA

Tombouctou

 

Source : www.essor.ml



Ajouté le 06/12/2012 par SAVAMA-DCI - 0 réaction

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